Entrepreneurs du mois de mai: Jean-Philippe Bisson et Gabriel Péloquin

Mélio (anciennement Arista Foods)

Depuis quelques années, on nous parle d’introduire les insectes dans notre alimentation, puisque leur élevage présente de nombreux avantages environnementaux et que leur consommation est excellente pour notre santé.  Mais les Québécois sont-ils prêts? Jean-Philippe Bisson et Gabriel Péloquin semblent avoir trouvé une solution délicieuse et appétissante pour nous faire manger des grillons… sans que l’on ne s’en rende compte.

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Le génie en action

Pour Jean-Philippe Bisson et Gabriel Péloquin, les études en génie qu’ils ont entrepris ont toujours été motivées par un souci environnemental. Comme beaucoup de jeunes entrepreneurs, leur décision de se lancer en entrepreneuriat a été principalement basée sur le désir d’avoir un impact positif sur la société de demain. C’est donc ce désir de mettre la main à la pâte que l’idée de faire des pâtes alimentaires incorporant de la farine de grillons leur est venue.

Lorsqu’ils se sont rencontrés à Polytechnique Montréal, Jean-Philippe et Gabriel ne se doutaient pas qu’ils étaient sur le point de se lancer en affaires, encore moins dans le domaine de l’agroalimentaire! C’est dans le cadre du cours d’orientation en développement durable que nos deux étudiants ont développé le goût de créer quelque chose de différent, d’écoresponsable, mais ils n’avaient pas d’idée précise. C’est un rapport de l’Organisation des Nations unies  pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui leur a mis la puce à l’oreille en soulignant les avantages au niveau environnemental qu’a la consommation d’insectes. La motivation de Gabriel et de Jean-Philippe est de contribuer à réduire l’empreinte écologique de leur production alimentaire en y incorporant cet ingrédient audacieux. « Avec les insectes, il faut moins de ressources pour produire la même quantité de protéines. Les grillons ont besoin de 2 000 fois moins d’eau, 10 fois moins de nourriture et émettent 100 fois moins de gaz à effet de serre qu’il n’en faut pour produire une livre de viande de bœuf. »[1]. C’est alors qu’à émergé l’idée de créer des pâtes alimentaires à base de farine de grillons dans le but de diversifier les options alimentaires sans viande et de permettre aux gens de réduire concrètement leur impact environnemental.

La consommation de bœuf est un pensez-y bien sachant que « l’élevage accentue la déforestation, qu’il émet plus de gaz à effet de serre que les transports, qu’il pollue et utilise beaucoup d’eau sans parler des conditions lamentables d’élevage et des risques pour la santé. »[2]

Jean-Philippe nous explique : « Les pâtes que nous produisons visent à permettre aux gens de substituer la viande dans leur alimentation. Leur haute teneur en protéines permet donc de se cuisiner des pâtes accompagnées d’une sauce aux légumes et, ainsi, avoir un repas complet ».

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Nos jeunes entrepreneurs ne visent pas uniquement la clientèle écoresponsable qui veut réduire son empreinte écologique. Ils veulent aussi rejoindre les sportifs qui cherchent un produit hautement protéiné, et les flexitariens[3] qui cherchent des alternatives pour diversifier leurs options d’alimentation sans viande.

Changer les habitudes

Diminuer la consommation de viande des Québécois, c’est tout un défi! « Pour y arriver, il faut avant tout mettre en lumière la vraie empreinte environnementale de la viande. Par contre, malgré cette conscientisation, les vrais changements d’habitudes se produisent lorsque de vraies alternatives sont disponibles. Et c’est là qu’Arista Foods entre en jeux », mentionne Gabriel. Leur mission: commercialiser des produits alimentaires innovants afin de diversifier l’offre alimentaire disponible à ceux et celles qui désirent adopter des habitudes de consommation écoresponsables.

Jean-Philippe n’était pas végétarien avant d’entreprendre le projet, mais depuis qu’il s’éduque concernant les impacts néfastes de l’élevage de bovins sur l’environnement, il a diminué grandement sa consommation de viande. « Modifier ses habitudes alimentaires, ne serait-ce qu’un repas sans viande par semaine, a une incidence positive sur l’environnement. » affirme Jean-Philippe. « Les pâtes Arista Foods sont un heureux mélange de farine de blé et de grillons, ainsi l’apparence et le goût demeurent les mêmes qu’une pâte alimentaire courante; on s’assure alors de l’acceptabilité du produit par la clientèle nord-américaine. » ajoute-t-il.

Le vent dans les voiles

Au début de leur projet, Jean-Philippe et Gabriel tenaient absolument à valider leur concept auprès d’entrepreneurs expérimentés afin d’obtenir le plus de conseils possible le plus rapidement possible. Au fil des mois, nos deux persévérants participent à des concours et se classent parmi les meilleurs et de plus en plus de gens commencent à les prendre au sérieux.

C’est d’ailleurs le Centre d’entrepreneuriat Poly-U de M qui a permis aux jeunes entrepreneurs de transformer leur idée en projet d’affaires. Après avoir obtenu du soutien pour un premier modèle d’affaires, ils ont participé au concours de la série Innovinc. Ce qui leur a permis de constater qu’ils n’en étaient qu’au début de l’aventure!

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À l’hiver 2016, nos deux rêveurs font la merveilleuse rencontre du jeune entrepreneur, Paul Shenouda, co-fondateur de l’entreprise Wilder&Harrier qui commercialisent des récompenses d’entraînements écoresponsables pour chiens à base de farine d’insectes. Partageant les mêmes préoccupations environnementales et le même désir de changer le monde, Jean-Philippe fait un stage entrepreneurial à Polytechnique sous la supervision de M. Shenouda à l’automne 2016.

Mieux préparés et plus confiants, Gabriel et Jean-Philippe ont remporté la 1re place au concours d’idées d’entreprise à l’ACEE 2016. Ensuite, est venue la 1re place au concours Le levier de ton idée 2016 et la 1re à la phase «Esquissez» du concours Innovic. Nos deux  récipiendaires ont également figuré parmi les finalistes locaux au défi OseEntreprendre.

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Depuis janvier dernier, grâce au Parcours entrepreneurial Rémi-Marcoux, nos entrepreneurs reçoivent l’aide précieuse et très appréciée de HEC Montréal : formations en entrepreneuriat, accompagnement par des experts, ateliers interactifs avec des entrepreneurs, mentorat, etc. La première étape est de développer des qualités d’entrepreneurs et, ensuite, ils recevront du soutien pour le développement de leur modèle d’affaires.

Les défis de l’entrepreneuriat étudiant

Jean-Philippe et Gabriel s’entendent pour dire que de trouver l’équilibre entre les études et le projet d’entreprise est un grand défi en tant qu’entrepreneur étudiant. «Quand j’ai à étudier pour me préparer pour une évaluation et que j’ai aussi à avancer mon projet d’entreprise, il faut que je me discipline car il est plus facile de prioriser mon entreprise aux dépends de mes études » avoue Jean-Philippe.

Nos deux finissants restent motivés à terminer leur baccalauréat puisque, selon Gabriel, « un diplôme universitaire reste le meilleur investissement à long terme et permet de donner de la crédibilité à un entrepreneur. »

Qu’est-ce que la réussite ?

Pour nos deux innovateurs, ils pourront crier victoire le jour où leur produit sera sur les tablettes et que les gens pourront changer leurs habitudes alimentaires tout en conservant leurs recettes de pâtes préférées! Mais pour Jean-Philippe, le fait d’avoir mis en œuvre ce projet, d’avoir concrétiser une idée, est déjà une grande satisfaction.

Conseil à un entrepreneur étudiant

Selon Jean-Philippe, « Initialement, le produit ou service doit être la solution à un problème. Ensuite, pour tout entrepreneur qui a une idée en tête doit avant tout se mettre en action en parlant de son projet aux plus de gens possible qui, eux, à leur tour, le mettront en contact avec d’autres personnes… Ainsi, la création de personnes-ressources se fera naturellement.

Finalement, peu importe le résultat, il faut concrétiser son idée, tester son produit et aller au bout de ses rêves. »

Arista Foods aimerait offrir des pâtes sèches, mais la production de celles-ci exige un procédé bien spécifique. D’ailleurs, nos deux novateurs sont à la recherche d’un partenaire industriel disposant d’une machinerie spécialisée pour la production de pâtes sèches. D’ici là, Jean-Philippe et Gabriel entrevoient la possibilité de mettre sur le marché des pâtes fraîches dans certains commerces d’alimentation de la région de Montréal. Des restaurateurs ont également démontré de l’intérêt pour ajouter les pâtes à leur menu. D’ici peu, les plus audacieux pourront savourer les pâtes aux grillons!

Arista Foods est désormais « MÉLIO ».

 

Nous souhaitons également remercier COOPSCO qui offre gracieusement aux membres de l’ACEE, nommés entrepreneur du mois, des cartes-cadeaux de 50$.

[1] www.futurpreneur.ca

[2] www.viande.info

[3] Un flexitarien pratique le végétarisme  mais, parfois, mange de la  viande (bœuf, poisson, volaille ou autre) lors d’occasions particulières comme aller au restaurant, lors de repas en famille ou chez des amis.

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